Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 05:10

Le contexte

Aline est actuellement en stage à La Serena, une petite ville sur la côte chilienne.

Luce fait actuellement le tour du monde, d’où sa venue sur Buenos Aires en mai et son actuel baroudage à travers les Andes… A ce moment de l’histoire, le hasard des choses ou un sens profond de l’organisation l’avait mené à Mendoza, à la frontière du Chili.

Moi, à Buenos Aires, en weekend long (lundi est férié, c’est le « dia de la bandera»-oui, il y a un jour du drapeau en Argentine ).

Trois copines donc, relativement proches géographiquement. Et la décision de se retrouver à un point plus au moins central en restant intéressant : Santiago du Chili, ou Valparaiso (avec une préférence certaine pour Valparaiso)

Me voilà donc vendredi, 17h, après une journée de travail, dans un bus, prête à y passer 24 heures pour retrouver les filles au Chili et avoir un tampon de plus sur mon passeport… Buenos Aires défile sous mes yeux et je tombe rapidement dans les bras de Morphée (petite dédicace à Leila).

 

Chapitre 1 :

« Migraciones »

Samedi, je me réveille difficilement. Je suis toujours dans le bus et la pluie m’empêche de profiter pleinement du paysage. Je suis au milieu de la cordillère des Andes recouverte d’une (très) fine couche de neige. Le bus entreprend une longue montée, qui nous mène au haut du col : la frontière. Passeports en main, tout le monde descend. Il y a trois étapes, que le Stewart du bus nous explique au micro (ambiance club med garantie) : le poste « sortie de l’Argentine », le poste « Entrée au Chili » et le poste « Révision des sacs avec des hommes armés et des chiens ». Mais moi, j’ai droit à une quatrième étape. Celle où l’on n’est plus considérée comme une personne mais comme un bout de papier.

Précision : j’ai dépassé la durée de mon visa de trois mois en Argentine d’une dizaine de jours ; je suis donc psychologiquement préparée et financièrement munie de 300 pesos (le prix de l’amende). Le petit Stewart du bus vient me chercher dans la file du poste « sortie d’Argentine » ainsi qu’une autre femme, la quarantaine. Il nous mène à un guichet où une grande femme à frange blonde regarde minutieusement mon passeport  avec des mimiques mêlant sournoisie, dédain et plaisir sadique. Brutalement et sans un regard, elle m’adresse la parole « Porque no te radicas en Argentina ? » (Pourquoi ne vis tu pas - sous entendu légalement - en Argentine ?). J’essaie de balbutier le plus sûre de moi possible que je suis rentrée longtemps dans mon pays, que je vais régulariser ma situation. Mon petit air de petite innocente au bord des larmes ne l’a pas émue une seule seconde, elle m’a regardé fixement et a buglé « Tu rentres et tu sors du pays depuis 2009, tu crois qu’on va te donner un visa de trois mois indéfiniment ? Tu pourras rentrer une fois de plus en Argentine, et après terminé ; compris ? ». Je récupère mon passeport en essayant tant bien que mal de retenir mes larmes de rage pendant que la grande femme blonde à frange commence à crier sur la pauvre dame derrière moi.

J’ai évidemment eu une grande pensée pour tous les migrants du monde et j’ai écris de nombreuses lignes sur le sujet sur un cahier mais je vous épargnerai mes considérations philosophiques sur le monde actuel où marchandises et devises s’échangent de plus en plus librement pendant que l’on restreint chaque jour plus la liberté et les déplacements des êtres humains… (Résumé condensé de mes longues considérations haineuses).

 

Chapitre 2 :

Arrivée, Jacky, Pisco

Finalement, après la douane et avec trois heures de retard, j’arrive à la gare de Santiago où m’attendent Aline et Luce. Un véritable bonheur de les retrouver. 6 mois sans voir Aline, c’est quand même un record du monde dur à exécuter…

On décide de partir directement pour Valparaiso parce que tout le monde nous a dit que ça valait plus le coup que Santiago, nous voilà donc de retour dans le bus ; beaucoup plus sympa à trois quand même !

Il pleut des cordes et on arrive finalement dans cette petite ville portuaire. Avec le super guide alinesque, on recherche désespérément un hostel, la nuit tombe et un français vient nous voir. Il a la trentaine avancée, il est très grand (peut être plus que la blonde à frange), l’air sportif et surtout pommé. Il cherche un hostel aussi, ne parle pas un mot d’espagnol et arrive de « Corée du Sud et de l’île Maurice ». Normal. On apprend par la suite que sa copine travaille à Air France et qu’il voyage à l’autre bout du monde pour trois ou quatre jours et surtout en payant seulement les taxes d’aéroport. Très bien. On trouve finalement un hostel, appelé « La bicyclette » et tenu par un français. Le français a également la trentaine avancée, voir la quarantaine avancée (je suis un peu nulle en « devine quel âge j’ai ? »), il parle beaucoup et fait beaucoup de mouvements avec son corps lorsqu’il donne des explications ; il donne un peu l’impression de se tortiller tel un ver souhaitant sortir d’un cocon. Toujours est il  qu’on loue un véritable petit appart pour 25000 pesos chiliens, qu’on partage avec le français, qu’Aline surnommera « le niais » pendant que je préfère un bon « Jacky » traditionnel. Il y a une mezzanine où on dort toutes les trois, Jacky est en bas et on partage cuisine et pseudo salle de bain sans eau chaude (à quand l’eau chaude en Amérique Latine ??? Ca doit faire un mois que j’ai pas eu une douche – hors avec des sceaux - chaude).

Le premier soir, on décide de sortir balader jusqu’à se qu’on trouve un resto bar à lumière vert tamisé avec une fantastique fresque chronologique de joueurs de foot, un mec qui fait des caricatures et nous les offrent (il doit chercher son talent, vu le résultat) et un chanteur qui vient piailler dans un micro. Pendant ce temps, on commande des « pisco sour », des plats de poisson, du vin et on refait littéralement le monde (la politique, l’immigration, l’environnement,… tout y passe). On rentre finalement continuer à boire tranquillement dans l’appartement et on a d’ailleurs des discussions sur les appartements (« non mais LUUUUUUUce » - on est un peu joyeuses, certes).

 

Chapitre 3 :

Valparaiso, la ville « cool »

Le dimanche est bien sûr consacré à la visite de la ville qui se prête, malgré le mauvais temps, à la déambulation. Le Lonely Planet disait que Valparaiso réveille le photographe qui est en nous. Effectivement, c’est quand même sur de rater une photo. La ville est un véritable musée en plein air. Sur les petites collines où elle est construite, se mêlent maisons de bois et de tôles et maisons aux milles couleurs, avec peintures et poésie sur les murs… Il y en a pour tous les goûts, de l’hommage à Pablo Neruda à la nostalgie d’Allende en passant par une passion pour les oiseaux ou les vélos… La sensation de se balader dans la ville est étrange ; c’est à la fois magnifique et « trop ». « Trop cool pour moi » a dit Luce. Effectivement les maisons rivalisent de détails parfois saugrenus et virant souvent au kitsh déclaré patrimoine mondial de l’UNESCO. Très bobo, on rencontre d’ailleurs plein de français et on imagine que c’est une ville que les parisiens artisto-bobos doivent adorer… Ca n’empêche pas que se perdre une journée dans ses hauteurs et fort agréable. C’est comme être dans un roman, dans une intemporalité. Le temps s’emble s’arrêter, il n’y a pas de bruit, peu d’activité humaine. Par contre, le bas de la ville, c’est le retour à la réalité : vendeurs ambulants, voitures et bus, gens pressés, chiens errants,… On sort du rêve, c’est l’heure de se lever les enfants !

Le dimanche passe finalement rapidement et arrive lundi…

 

Chapitre 4 :

« Comment vivre pleinement les transports en commun ? »

Malheureusement le court weekend se termine et il est l’heure de quitter le boboïsme et surtout les copines… Me voilà donc, à 6H45 en route pour la gare routière sous la pluie battante. Mon bus est a 7H45 et est censé arrivé à Buenos Aires mardi matin, afin d’être fraiche pour aller au travail (avec certainement un mélange d’odeurs de bus et de bâillements chroniques…)

J’arrive donc à la gare et j’entends des gens discuter ; ils viennent tous les matins depuis trois jours mais la frontière est fermée pour conditions climatiques… On est donc tous dans un suspens total : va t’on partir ?? La pluie coule à flot, la gare est une véritable fourmilière de voyageurs, chiens errants et fous (l’un a quand même fait une démonstration assez mythique de paranoïa de type : je jette des regards furtifs à droite puis à gauche et je me décide à me précipiter sur un téléphone public où je fais semblant de parler à quelqu’un sans arrêter mes regards furtifs). Finalement, on nous annonce qu’on ne partira pas. Peut être demain. Je suis un peu désemparée, j’essaie d’appeler Aline et Luce mais ça ne marche pas. Je décide donc de rentrer à l’appart et je me rends  compte que je ne connais pas le nom de la rue… Tant pis, y a pas 36 000 routes, je prend donc un bus qui semble aller tout droit. Evidement, c’est pas drôle quand c’est trop facile. Je descend donc croyant être prêt de chez moi, je me perds, essaie de demander ma route, me perd encore plus, il pleut des trombes ; je monte des centaines de marches (bon peut être une seule centaine, mais il faut quand même marseilliser ce blog), je me retrouve dans des endroits totalement inconnus – moi qui pensait qu’on avait parcouru Valparaiso – et la pluie tombe toujours sans pitié ; mes pieds sont trempés et j’ai de la buée sur les lunettes… Finalement, désespérée, j’arrive à l’appart’ par un complet hasard de la nature (god exist !). Thé et deuxième petit dej s’imposent… Me voilà donc en train d’évaluer toutes les possibilités de retour (attendre demain et voir ce qu’il se passe, prendre un avion, etc.) ; j’opte finalement pour un avion qui me coute les yeux de la tête et qui part de Santiago.

S’ensuit un mélange de divers transports en commun :

-       bus jusqu’à la gare routière

-       bus avec luce jusqu’à Santiago

-       bus jusqu’à l’aéroport

(petite pause)

-       avion Santiago - Montevideo (cherchez l’erreur : passer par l’Uruguay pour aller en Argentine depuis le Chili)

-       avion Montevideo - Buenos Aires

-       taxi aérport – la maison

… et de quelques faits :

-       une dépense non négligeable

-       une contribution à la pollution mondiale fort importante

Mais surtout… :

-       Un grand bonheur d’avoir retrouvé Aline et Luce et d’avoir partagé ce moment

-       Des souvenirs plein la tête

-       Les pieds enfin secs et un moment pour écrire au calme depuis ma chambre, avec Pancho à mes côtés (à défaut de Ramiro qui fait un TP chez un collègue de classe)

 

 

(PHOTOS A VENIR)

Par flora
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Commentaires

j'avais pas vu celui la non plus! ça m'a fait trop la meme chose Valparaiso, c'est trop tipo musée super calme et presqu'un reve comme tu dis et en meme temps à la mode, bobo et bondé de touristes.
J'étais à fond quand je lisais ton recit de la fin, quelles aventures quoi!
Commentaire n°1 posté par Lulu le 16/07/2011 à 23h32

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